Accueil

Eid-ul-Adha Mubarak !

Lausanne, le 6 juillet 2022 – Devrions-nous cesser de nous souhaiter un « Joyeux Noël » ou de « Bonnes Pâques » sous prétexte d’imposer une religion à celles et ceux qui, chez nous, en ont une autre ou n’en ont plus ? Certes, notre société est devenue plurielle, notamment sur le plan des identités religieuses. Plutôt que de jouer le jeu d’une intégration par soustraction des vœux à l’occasion de fêtes religieuses (ce que préconisait un rapport récent de la Commission européenne), nous optons clairement pour une intégration par addition des vœux : en reconnaissant les fêtes encore ancrées ici, comme celles de communautés plus récentes en ce pays. La plateforme interreligieuse du canton de Vaud a donc souhaité faire un pas de plus dès cet été : former des vœux pour l’une des fêtes les plus importantes de l’une de nos communautés. Et pour commencer, nous avons décidé d’adresser nos vœux aux communautés musulmanes présentes et représentées dans notre canton. Nous le faisons dans un esprit de reconnaissance de l’autre, et de réflexion pour cet autre que nous sommes aussi.   

Aïd al-Adha signifie « la fête du sacrifice » et commémore la volonté d’Abraham (Ibrahim) – le patriarche des musulmans, des juifs et des chrétiens – de sacrifier son fils comme un acte de soumission à l’ordre de Dieu, avant que Dieu n’intervienne par son l’ange Jibril et l’informe que son sacrifice a déjà été accepté.

L’Aïd al-Adha est l’un des événements les plus joyeux du calendrier musulman, lorsque les familles élargies se réunissent pour célébrer autour d’un repas festif contenant de la chèvre ou du mouton. La famille conserve un tiers de la part de la viande et un autre tiers est donné aux parents, amis et voisins ; le tiers restant est donné aux pauvres et aux nécessiteux. Comme indiqué, tout remonte à notre patriarche commun Abraham/Ibrahim.

L’histoire de la façon dont Abraham a emmené son fils, (Ismail pour les musulmans et Isaac pour les juifs et le chrétiens) sur la montagne pour le sacrifier à Dieu est emblématique. Il a été interprété et réinterprété tant de fois de tant de manières différentes, des sages de nos religions respectives au chanteur Leonard Cohen.

Leonard Cohen à l’époque de la guerre au Vietnam écrit dans son poème et chanson « Isaac’s Story » en le plaçant dans un contexte moderne de parents envoyant leurs enfants à la guerre. Mais le refrain « I will kill you if I must » (Je te tuerai s’il le faut), va complètement à l’encontre de l’esprit de nos religions. Dans nos textes Dieu dit clairement « Ne touche pas l’enfant ».

Certaines cultures anciennes croyaient en effet au meurtre des premiers-nés pour apaiser les dieux ou pour se venger. Nos religions cherchent précisément à se distancier de cette mentalité, de cette croyance et de ces pratiques.   

L’histoire de Ibrahim/Abraham est très claire, que Dieu ne veut pas de sacrifice humain quelle qu’en soit la cause. Le récit commence sans ambiguïté en disant qu’il s’agissait d’un test, d’un cas de test pour ainsi dire, pour établir ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Dieu est la force la plus puissante de l’Univers, mais nous ne devrions pas imaginer que la façon d’adorer Dieu consiste à sacrifier ce qui nous est le plus cher.

La foi, la religion, les commandements sont orientés vers la vie, et non vers la mort. Ils définissent les limites au-delà desquelles ne pas aller dans l’adoration de Dieu.

De tels récits offrent un socle commun clair, et c’est un privilège de les partager avec nos frères et sœurs musulmans !  Nous leur souhaitons donc une belle fête cette année : Eid-ul-Adha Mubarak!

Pour la Plateforme interreligieuse du canton de Vaud : Eliezer Shai di Martino, rabbin et Jean-Baptiste Lipp, pasteur

Cette plateforme institutionnelle regroupe les autorités de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV), de l’Eglise catholique romaine dans le canton de Vaud (FEDEC-VD), de la Communauté israélite de Lausanne et du canton de Vaud (CILV), des Eglises anglicane et catholique chrétienne (FACCV), de l’Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM) et de la Fédération évangélique vaudoise (FEV).

Les buts de la plateforme sont les suivants :

  • favoriser l’échange d’information sur le vécu des communautés et Eglises 
  • permettre une réactivité commune en cas de situation de crise
  • favoriser et développer des initiatives et des projets qui manifestent l’importance d’une bonne prise en compte du fait religieux dans la société civile 
  • penser et développer le « vivre-ensemble » dans le Canton

Chaque année, une communauté est chargée de l’organisation des rencontres. Pour 2021, il s’agit de l’EERV.

La plateforme se veut un organe officiel des autorités religieuses mentionnées ci-dessus et ne remplacera pas les multiples lieux de collaboration interreligieux déjà actifs et existant depuis de nombreuses années dans ce Canton et sur lesquels elle pourra au besoin s’appuyer.

Contact : coordination@interreligieux-vaud.ch